Le rappeur Snoop Dogg réussit sa dernière mue en prêtre gospel sur « Bible of Love »

Written by on 20 mars 2018

Snoop Dogg se met au gospel et prépare un album tout amour : l’annonce le mois dernier a bien fait glousser dans les chaumières. La dernière lubie du rappeur américain n’avait pourtant rien d’une blague : le double album « Bible of Love » est sorti vendredi. Il contient trente-deux chansons dédiées au Seigneur sur lesquelles il n’est pas interdit de danser. Nous l’avons écouté pour vous.

En mission pour le Seigneur

A Snoop Dogg, grand caméléon devant l’Eternel, rien d’impossible. Certains de ses états de service passés pourraient l’envoyer direct en enfer. Chantre du gangsta-rap, il fut membre du redoutable gang des Crips de Los Angeles et a été impliqué (et acquitté) dans une affaire de meurtre.  Fumeur de ganja invétéré, il a de surcroit produit plusieurs films porno, dont « Snoop Dogg’s Hustlaz Diary of a Pimp », récompensé d’un AVN award, sorte d’Oscar du porno. Mais miracle, voilà que le cabot du rap américain vient d’être touché par la grâce divine, à la façon de John Belushi dans le film « Les Blues Brothers ».

« Moi et le Seigneur, on a un arrangement. On est en mission pour Dieu », s’attend-on à l’entendre dire. De fait, on n’en est pas loin. Snoop dit avoir eu à cœur ce disque de gospel depuis longtemps pour inspirer la paix et l’amour. Une forme de rédemption ?

« Il y a tellement de haine dans le monde actuellement », avait-il dit lors de la présentation à la presse d’une douzaine de titres à Los Angeles à l’automne dernier. « Je pourrais facilement sortir un album de haine, mais celui-ci pèse davantage parce que c’est de l’amour ». Et d’essuyer une larme d’émotion dès le second morceau, rapportait un journaliste de Entertainment Today. Quel acteur !

Vous souvenez-vous de sa conversion rastafari en Snoop Lion ?

Le natif de Long Beach n’est plus à une conversion fumeuse près. En 2013, il avait déjà été supposément touché par la foi, cette fois Rastafari, osant se réincarner (« Reincarnated » s’appelait l’album) en une sorte de Bob Marley 2.0  – ce qui avait d’ailleurs déplu à Bunny Wailer et au Conseil Rastafari qui lui ont demandé des comptes.

Las, si l’album était plutôt bon, son nouveau nom de baptême Snoop Lion, délivré lors d’un pélerinage en Jamaïque immortalisé dans un documentaire, n’a pas fait long feu. Snoop Dogg est aussitôt passé à autre chose : présentation d’une émission de cuisine, nouvel album, nouveau rôle dans un film ou une série, investissement dans la culture du cannabis (désormais autorisée dans plusieurs Etats américains) ou collaboration avec une marque de baskets. Le gars n’arrête jamais et n’a peur de rien.

En réalité, Snoop est tombé tout petit dans le chaudron gospel

Le voilà donc aujourd’hui endossant (pour rire) l’aube du prêtre pour un album de gospel. Et pas un petit maxi pour la parade, non. Un double album de 32 titres baptisé « Bible of Love ». Parce que si l’on peut douter de la sincérité de ce beau parleur et grand businessman, Snoop Dogg fait rarement les choses à moitié.

Pour sa défense, n’oublions pas non plus qu’à l’instar de la majorité des chanteurs et rappeurs noirs américains, Snoop Dogg connaît très bien le gospel : il a chanté dès l’enfance dans la chorale de l’église baptiste de son quartier et sa mère est aujourd’hui évangéliste sous le nom de Beverly Broadus Green (ou Beverly Tate selon les jours).

Avec ou sans lui, cet album recèle un paquet de pépites

Venons-en à la musique. Eh bien elle tient bien la route et secouera bien des préjugés ! En réalité notre rappeur n’est présent qu’en pointillé sur « Bible of Love », intervenant sur une petite dizaine de titres. Son travail est plutôt celui d’un concepteur et d’un grand ordonnateur. Il a en effet réuni sur ce double album des pointures du gospel, notamment les Clark Sisters, B. Slade, Tye Tribbett, Rance Allen ou Kim Burrell, mais aussi des figures majeures du R&B comme Faith Evans, K-Ci, Patti LaBelle ou Charlie Wilson (The Gap Band).

Sur « Bible of Love », Snoop Dogg laisse ces grandes voix briller et n’intervient que de temps à autre, pour chanter ou rimer, notamment sur le très démonstratif premier single « Words are Few » et sur les excellents « My God », « Always got something to say » et « Sunshine feel good« . Mais il se contente le plus souvent d’apparaître aux chœurs.

Un cheval de Troie musical

Sans lui, le disque tient aussi très bien la route. On retient en particulier l’euphorique « You » emmené par Tye Tribbett et « In the name of Jesus » avec October London, un titre fiévreux digne de D’Angelo. A écouter également : « One More Day » avec Charlie Wilson, « Call Him » chanté par Fred Hammond et « Saved » featuring Faith Evans. Dans une veine plus traditionnelle, « Pure Gold » des Clark Sisters et « Love for God » avec The Zion Messengers et K-Ci, nous téléportent direct dans une église américaine des seventies.

Ce double album, certes un peu trop copieux mais respectueux, vaut l’écoute. En renouant intimement les fils du hip-hop, de la soul et du R&B à la pelote de prières du gospel, en rafraîchissant cette musique religieuse grâce à des productions modernes, ce projet ressemble surtout à un cheval de Troie capable de faire « entrer le Seigneur » dans les lieux les plus réfractaires. Une sacrée vertu que de ramener les brebis égarées au bercail sans même qu’elles en aient conscience ! Sauvera-t-elle Snoop Dogg, ce grand pécheur, du purgatoire ?

Snoop Dogg presents « Bible of Love » (All The Time Entertainment) est sorti le 16 mars 2018


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